Trois petits drames pour marionnettes

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Intéressante et curieuse parution : les textes originaux de Maeterlinck font exactement 86 pages sur un total de 287 : tout le reste n'est que notes, variantes, genèse et autre bonus.

 

Auteur déjà de La Princesse Maleine et de Pelléas et Mélisande, le futur Prix Nobel de littérature publie, en 1894, un petit triptyque dramatique. Théâtre de marionnettes ? « Je crois encore aujourd'hui que les poèmes meurent lorsque des êtres vivants s'y introduisent », explique-t-il dans sa préface. Ces trois pièces forment une sorte de concentré de symbolisme, parfait pour aborder l'œuvre du Maître belge. Deux pièces en... cinq actes en encadrent une troisième en un. L'intrigue de la première, Alladine et Palomides, évoque celle de Pelléas et Mélisande, avec un triangle amoureux différent. Tout l'art de Maeterlinck s'y révèle, par des phrases comme « Voici que la nuit vient, et je la vois monter le long des murs », ou « Il était de ceux que les événements semblent attendre à genoux ».  Tout est dans le non-dit, dans l'évoqué. Quand on lit « J'ai peur de l'eau qui gronde », ce n'est pas de l'eau dont le poète parle, mais des sentiments qui l'animent au plus profond de son cœur. Tout est communiqué par le truchement d'images-symboles. Là réside la richesse de Maeterlinck et son originalité profonde dans le théâtre de son temps : tout est questions, énigmes et mystères non résolus.

La seconde pièce, Intérieur, ultra brève (17 pages), se concentre sur un seul et sobre thème : comment annoncer à une famille la mort d'un de ses enfants ? Telle est la question à laquelle sont confrontés un vieillard, ses deux filles Marthe et Marie, et un étranger, face à la maison illuminée de la famille qui ne se doute de rien. L'atmosphère étrange, brumeuse, renforce le caractère irréel de la scène.

Cinq actes à nouveau pour la troisième pièce, La mort de Tintagiles. Deux sœurs protègent leur petit frère dans un vaste château sombre, rappelant celui de Pelléas et Mélisande, mais aussi d'Alladine et Palomides, ou d'une autre pièce de l'écrivain, Ariane et Barbe-Bleue. Le château chez Maeterlinck est le réceptacle des sentiments cachés, enfouis, perdus. Les sœurs se nomment Ygraine et Bellangère, et il est à noter qu'elles interviennent aussi dans Ariane et Barbe-Bleue (tout comme Mélisande). L'écrivain a esquissé un essaim de créatures féminines d'une pièce à l'autre, créant une mythologie personnelle d'une poésie rêveuse. Un exemple, cette exclamation d'Ygraine : « Oh ! c'est vrai ! J'ai monté, j'ai monté des marches innombrables entre de grands murs sans pitié, et mon cœur ne peut plus me faire vivre... On dirait que les voûtes remuent. Je vais tomber. Oh ! Ma pauvre vie ! Je la sens... Elle est tout au bord de mes lèvres et elle veut s'en aller... ». Le petit Tintagiles innocent sera enlevé par les servantes de la Reine : est-il tué ? La confusion de sentiments est extrême et laisse le lecteur complètement perdu : ravi ou exaspéré selon sa sensibilité.

 

La seconde partie, on l'a dit, est académique. Se succèdent les listes des manuscrits et des éditions, puis les notes, pièce par pièce : analyse des titres, dédicaces, personnages, lieux de l'action et enfin les variantes (les lignes sont chiffrées). On étudiera aussi la genèse thématique au travers, entre autres, de la tragédie grecque ou de la matière de Bretagne. Une bibliographie détaillée de Maeterlinck, puis la liste des ouvrages qu'il a consultés, peaufinent le corpus éditorial très complet de cette parution, à conseiller d'autorité aux fans de l'auteur.

Maurice Maeterlinck : Trois petits drames pour marionnettes, édition établie et commentée par Fabrice van de Kerckhove, Espace Nord 2015, ISBN : 978-2-87568-068-6, illustration d’Ints Vikmanis, 287 p., 8,5 euros.

Lien externehttp://www.espacenord.com/trois-petits-drames-pour-marionnettes--308.htm

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